Affaire Khaled Nezzar : La diplomatie algérienne met un coup de pression à la justice suisse

Tribunal fédéral suisse
L’affaire Khaled Nezzar, ancien ministre algérien de la Défense poursuivi en justice par un tribunal suisse pour « crimes contre l’humanité », a créé de vives tensions diplomatiques entre l’Algérie et la confédération helvétique.

Alger, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a exprimé son « mécontentement » face aux récents développements judiciaires en Suisse dans le dossier des plaintes déposées, depuis plusieurs années, contre l’ancien général-major à la retraite.

En effet, l’ONG Trial qui accompagne les plaignants avait annoncé, mardi dernier, que le procureur fédéral a formulé un acte d’accusation auprès du Tribunal pénal contre Nezzar pour « crimes de guerre sous forme de torture, de traitements inhumains, de détentions et condamnations arbitraires ainsi que crimes contre l’humanité sous forme d’assassinats qui se seraient déroulés de janvier 1992 à janvier 1994 ».

Sans détour, un communiqué du chef de la diplomatie algérienne rendu public ce soir, accuse la justice suisse de « lecture révisionniste » de la douloureuse période de la « décennie noire » en accordant « avec beaucoup de légèreté une tribune aux terroristes, à leurs alliés et à leurs soutiens pour tenter de discréditer le combat honorable du pays contre le terrorisme, de jeter l’opprobre sur ceux qui lui ont fait face et de souiller la mémoire de ceux qui sont tombés en lui résistant ».

L’Algérie menace la Suisse de mesures de rétorsion si l’affaire Nezzar n’est pas abandonnée

Attaf a martelé que l’indépendance de la justice ne devrait pas servir d’excuse à l’« irresponsabilité » et que les systèmes judiciaires, quelle que soit leur nature, ne devraient pas « s’arroger le droit absolu pour juger des politiques d’un Etat souverain et indépendant ». Il a qualifié la procédure en cours de la justice suisse d’« outrancière » et d’« inappropriée ».

Le ministre algérien a rappelé, ensuite, que la communauté internationale reconnaît le « rôle héroïque » de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme pendant les années 1990, période visée dans l’affaire Nezzar. « Il semble que la planète entière reconnaît que l’Algérie luttait contre le terrorisme, à l’exception de la justice helvétique », a-t-il regretté. Il a déploré le fait que la justice suisse permette à « d’anciens terroristes » de « faire le procès de l’Etat algérien ».

Tout en réitérant la reconnaissance de l’Algérie envers la Suisse pour son rôle dans le recouvrement de l’indépendance du pays, le diplomate a mis en garde son homologue suisse, Ignazio Cassis, qu’il a eu au téléphone aujourd’hui, contre les conséquences déplaisantes que ce dossier pourrait avoir sur les relations futures entre les deux pays. « Cette affaire a atteint les limites de l’inadmissible et de l’intolérable… le gouvernement algérien est déterminé à en tirer toutes les conséquences, y compris celles qui sont loin d’être souhaitables pour l’avenir des relations algéro-suisses », a-t-il menacé.

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