Football en Algérie : Les entreprises publiques à la rescousse des clubs professionnels

Sonatrach MCA
Depuis la professionnalisation à pas forcés du football algérien, en 2010, les clubs souffrent d’interminables problèmes financiers. Avec le rachat du MCA par la Sonatrach, en 2012, une brèche s’est ouverte pour les autres équipes. Celles-ci demandèrent, dès lors, à l’Etat d’être traitées de la même manière, question d’équité !

Dans ce sens, l’entreprise Hyproc Shipping Company, filiale du géant Sonatrach spécialisée dans le transport maritime d’hydrocarbures, est sur le point de finaliser l’opération de rachat des actions majoritaires du Mouloudia Club Oranais (MCO). Lors d’une réunion, tenue lundi 14 août, avec les députés de la circonscription électorale oranaise, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé officiellement que le club mythique de l’ouest sera confié à Hyproc, dont le siège social est situé à Oran.

« Le processus de prise en charge du club a connu un grand progrès… Il est dans ses dernières étapes », a-t-il rassuré, selon un communiqué de son département. Faisant face à une grave crise financière, la grande famille du MCO et les fans, qui revendiquent une telle solution depuis longtemps, ne pouvaient pas espérer mieux.

L’Etat algérien, premier investisseur dans le football

Cette « transaction » s’ajoute à celles qui ont déjà été effectuées auparavant. Il y a quelques jours, le 6 août, c’était le groupe public de l’énergie, Sonelgaz, qui avait officialisé la reprise de l’Entente Sportive Sétifienne (ESS), l’un des clubs les plus populaires en Algérie. En mars 2023, l’opérateur téléphonique historique, Mobilis, a racheté la majeure partie des actions de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), club algérien le plus titré au niveau national et africain.

Plus anciennement, en décembre 2012, le groupe pétrolier et gazier, Sonatrach, était devenu le propriétaire du Mouloudia Club d’Alger (MCA), doyen des clubs algériens. En février 2020, le groupe Serport, société de gestion portuaire, a pris le contrôle du rival algérois de l’Union Sportive de la Médina d’Alger (USMA), qui a remporté la Coupe de la CAF en juin dernier. Quant au champion d’Algérie en titre, le Chabab Riadhi de Belouizdad (CRB), il appartient depuis 2018 au groupe MADAR Holding, issu de la restructuration de l’historique Société Nationale des Tabacs et Allumettes (SNTA).

On note aussi que le Club Sportif Constantinois (CSC), vice-champion d’Algérie 2022-2023, a été racheté en avril 2016 par l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP), branche parapétrolière de la Sonatrach. Celle-ci est aussi l’action majoritaire depuis février 2013, à travers sa filiale ENAFOR (Entreprise nationale algérienne du forage), de la Jeunesse sportive de la Saoura (JSS), club de Ligue 1 Mobilis basé à Béchar (1 150 km au sud-ouest d’Alger).

Professionnalisation ratée des clubs algériens

Le projet de professionnalisation du « sport roi » en Algérie a atteint ses limites au bout seulement d’une décennie d’existence. Il a été lancé en grande pompe durant la saison sportive 2010-2011, sous le règne de l’ancien et puissant président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua, actuellement pressenti pour reprendre son poste. Force est de constater que ce processus n’a pas atteint ses objectifs, pour ne pas dire qu’il a été complètement raté.   

D’ailleurs, dès ses grands débuts, beaucoup de clubs n’ont fait qu’adopter le statut « professionnel » sur le papier, en faisant des dirigeants du moment (bénévoles amateurs) les actionnaires des SSPA (Société sportive par actions) créées à l’occasion. Néanmoins, il y a eu quelques exceptions. Le MCA avait été le premier vrai « club professionnel » après son rachat par Sonatrach, sur décision politique.

À l’époque, il était question aussi que des filiales de la compagnie nationale reprennent trois clubs : le MCO par Naftal (spécialisée dans la distribution des produits pétroliers) ; le CSC par Tassili Airlines (compagnie aérienne) ; la JS Saoura par l’ENAFOR. Finalement, le rachat du MCO par Naftal n’a pas abouti, contrairement aux deux derniers plans. Puis, en 2016, Tassili Airlines a cédé les actions du CSC à l’ENTP.

Pour ce qui est du privé, il y a eu seulement deux expériences significatives : d’abord, avec le Paradou Athletic Club, créé en 1994 par l’homme d’affaires Kheireddine Zetchi, ancien président de la FAF ; ensuite, avec le rachat de l’USMA par le groupe des travaux publics ETRHB Haddad, alors propriété d’Ali Haddad. Après l’emprisonnement de celui-ci et la confiscation par l’Etat de son entreprise, le groupe Serport est intervenu pour récupérer le club.   

À défaut de clubs professionnels, des clubs « nationalisés »

Dans la quasi-totalité des cas énumérés, ce sont les supporters qui ont mis la pression sur les autorités locales en réclament « une entreprise étatique » pour sauver leur club fétiche en difficultés. Dans un contexte économique particulier où le secteur privé ne s’intéresse plus ou peu au sport en général, ils considèrent que « la nationalisation » est la seule option viable pour survivre à la problématique des dettes.

En effet, le football professionnel algérien semble être « déserté » par les opérateurs économiques privés à un moment crucial, où il exprime des besoins financiers de plus en plus importants pour espérer rattraper le niveau d’excellence atteint par certains clubs nord-africains (égyptiens, marocains et tunisiens).

Pour l’instant, les clubs « rachetés » par les grandes entreprises du secteur public paraissent plus stables et réalisent de meilleurs résultats sur le plan sportif. Même si cela n’est pas une règle immuable, le CRB en est un très bon exemple. C’est le champion d’Algérie indétrônable depuis 2020.

Cependant, cette question ne fait pas l’unanimité chez les Algériens, certains estimant qu’il s’agit tout bonnement de « gaspillage d’argent public ». Dans ce sillage, une polémique a éclaté avec le recrutement de l’international algérien Youcef Belaïli par le MCA, le 9 août dernier, et les informations qui ont circulé autour de son salaire qui serait astronomique. Des sources médiatiques avaient avancé 2 milliards de centimes par mois (environ un peu plus de 130 000 €/mois), avant que ce chiffre soit démenti par la direction du club. Elle n’a, toutefois, pas révélé le montant réel du salaire de sa nouvelle recrue, se contentant d’affirmer que c’est « une société étrangère, nouveau sponsor du club (très probablement le chinois Hisense, ndlr), qui prendra en charge les dépenses liées au recrutement du joueur et non la Sonatrach ».

Dans tous les cas de figure, il est clair aujourd’hui que le « football professionnel » est maintenu « en vie » grâce aux entreprises étatiques, notamment la Sonatrach et ses filiales. Pendant ce temps, aucun club n’arrive à réaliser des bénéfices hormis le Paradou AC, qui arrive à bien former et exporter ses joueurs, ce qui lui permet de s’autosuffire financièrement.   

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