Mort de Nahel : pourquoi l’Algérie a-t-elle réagi ?

Marche blanche, à Nanterre, le 29 juin 2023, suite à la mort de Nahel.
L’Algérie s’est officiellement exprimée suite à la disparition de Nahel M., abattu le 27 juin dernier, par un policier. Cette réaction a étonné plusieurs observateurs et a laissé place à de multiples interprétations.

Le ministère algérien des Affaires étrangères (MAE) a publié un communiqué, le jeudi 29 juin, le même jour de la marche blanche à Nanterre, pour noter qu’Alger « a appris avec choc et consternation la disparition brutale et tragique du jeune Nahel et les circonstances particulièrement troublantes et préoccupantes dans lesquelles elle est intervenue ». Si la diplomatie algérienne a déclaré « faire confiance au gouvernement français à assumer pleinement son devoir de protection », le ministère a tenu à préciser, cependant, être « soucieux de la quiétude et de la sécurité dont doivent bénéficie ses ressortissants sur leur terre d’accueil ». Le même communiqué expliqua que le gouvernement suivait avec « une très grande attention les développements de cette affaire tragique, avec le souci constant d’être aux côtés des membres de sa communauté nationale au moment de l’adversité et de l’épreuve ».

« Fait inédit » pour l’éditorialiste franco-algérien de TV5 Monde, Slimane Zeghidour ; « grossière manipulation » selon le journal Marianne ; la position d’Alger laissa perplexe et elle a ouvert la voie à de diverses lectures.

Fait diplomatique pas si inédit que ça

En réalité, même si cela fait très longtemps que l’Algérie n’a pas pris position pour des faits valorisant ou mettant en cause des citoyens d’ascendance algérienne, ledit fait diplomatique est loin d’être inédit. Le gouvernement algérien a même dénoncé, d’une manière plus acerbe, les agressions et les crimes racistes dont ont été victimes plusieurs immigrés durant les années 1970 et 1980.

Par ailleurs, en plus des autorités officielles, des partis algériens ancrés au sein de la diaspora se sont exprimés sur le sujet, à l’instar de Jil Jadid qui a publié un communiqué, dimanche 2 juillet, d’une rare virulence. Par le biais de sa représentation extérieure, la formation de Soufiane Djilali indiqua que « la tragédie intervient dans un contexte délétère fait de stigmatisation à outrance de notre diaspora et de déclarations politiques irresponsables ciblant notre pays, de la part de femmes et d’hommes politiques français en mal de vraies solutions, face à des problèmes réels auxquels est confrontée la société française ». Jil Jadid laisse entendre que le meurtre du jeune Nahel est la résultante des « propos racistes et xénophobes ciblant spécifiquement » la communauté algérienne, « largement inspirés de nostalgiques du colonialisme ».

Nahel, mort car d’origine maghrébine ?

Les violents événements des derniers jours, amplifiés par le visionnage viral de la vidéo montrant la mort de Nahel, ne peuvent faire oublier la genèse du drame, qui laisse supposer qu’il peut s’agir d’un assassinat à caractère raciste. C’est, en tout cas, ce que suggère une bonne partie de l’opposition française et des organisations de la société civile de gauche, qui appellent à des « marches citoyennes » pour le 8 juillet prochain.

Franco-algérien, le jeune de 17 ans a grandi à Nanterre, dans le département des Hauts-de-Seine, où il travaillait en tant que livreur. Le mardi 27 juin, avec deux amis, il loue une Mercedes AMG, de couleur jaune. Deux policiers, des motards, le somme de s’arrêter. Ce contrôle routier, opéré vers 8h30, près de la gare RER de Nanterre-Préfecture, tourna au drame. La version retenue, car filmée et considérée comme étant la plus crédible, montre un policier pointer son arme sur l’adolescent. Selon les avocats de la victime, on entend « arrête-toi ou je vais te shooter ». Le motard tira à bout portant. Malgré les efforts des agents du SAMU venus le secourir, Nahel rend l’âme, pas loin de la place Nelson Mandela. Tout un symbole !

Le policier mis en cause dans ce meurtre, qui avait initialement prétendu avoir agi en « légitime défense », a été finalement mis en examen pour « homicide volontaire » et placé en détention provisoire, depuis le 29 juin. Son futur procès pourrait dévoiler ses vraies motivations, derrières un acte aussi irresponsable, et confirmer ou infirmer les accusations de racisme dont il fait l’objet, qui ont provoqué les violentes émeutes urbaines ayant mis la France à feu pendant plus d’une semaine.

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