Exclusif. Voici les nouvelles propositions de la commission mixte d’historiens aux présidents français et algérien

Commission mixte d'historiens France Algérie

La commission mixte franco-algérienne d’historiens a adressé aujourd’hui, 3 février 2024, un nouveau document aux présidents français, Emmanuel Macron, et algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui contient neuf préconisations autour du travail commun entre les deux pays sur le dossier de la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. France Algérie Actualité l’a consulté. 

Comme prévu lors de sa précédente rencontre à Constantine, le 22 novembre dernier, la commission mixte Histoire et Mémoire s’est réunie en sessions plénière le 25 janvier dernier à Paris, aux Archives nationales. De même, entre le 23 janvier et le 3 février, ses membres ont fait 12 déplacements officiels en France qui leur ont permis de visiter des musées, des centres d’archives et d’autres institutions publiques disposant de ressources utiles à leur mission.

À l’issu de ce programme d’activité chargé, la commission, co-présidée par les historiens français Benjamin Stora et algérien Mohamed Lahcen Zeghidi, a émis une nouvelle liste de recommandations, transmise aux chefs des deux Etats. Le texte reprend et précise une grande partie des points évoqués dans la « Déclaration de Constantine » de novembre 2023. Afin de poursuivre ses travaux et faire un point d’étape, la commission devrait se réunir au mois d’avril prochain, en Algérie.

Dans ce qui suit, nous vous avons résumé les 9 préconisations adressées, ce jour, aux présidents Macron et Tebboune :

1. Plus de 2 millions de documents d’archives restitués à l’Algérie  

La commission mixte a confirmé et précisé ce qui a été décidé à Constantine en ce qui concerne les archives, à savoir la restitution de 5 mètres linéaires d’archives de l’Algérie remontant à l’époque ottomane ainsi que la remise de 2 millions de documents numérisés des archives nationales d’outre-mer. D’autres documents seront progressivement restitués avec la poursuite et la priorisation de la numérisation d’autres fonds d’archives comme les archives militaires et diplomatiques du XIXe siècle.

2. L’Algérie maintient sa demande de restitution de certains « biens symboliques »  

Les membres algériens de la commission mixte ont proposé une liste non exhaustive de « biens symboliques » ayant appartenu à l’Algérie ou à des personnalités historiques algériennes. On y retrouve par exemple : l’épée, le burnous et le coran de l’émir Abdelkader ; la tente d’Ahmed Bey ; la clé et les étendards de Laghouat, etc. Toujours à propos des possibles restitutions, certains musées comme le Louvre et les Quai Branly se sont engagés auprès de la commission mixte à réaliser un inventaire des items provenant d’Algérie.

3. Élaboration d’une chronologie commune de la colonisation

La commission mixte préconise de poursuivre l’élaboration d’une chronologie sur les différents aspects militaires, politiques, économiques, sociaux et culturels tout au long de la période coloniale (1830-1962).

4. Recensement des publications sur l’histoire coloniale

Tel convenu à Constantine, les membres de la commission mixte ont poursuivi les discussions concernant l’élaboration d’une bibliographie qui permettra de recenser et de classifier par thématique l’ensemble des publications (en français, en arabe et en d’autres langues) autour de l’histoire de la colonisation française en Algérie. Ils souhaitent par ailleurs que ce travail permette l’identification de certains importants ouvrages à numériser et, éventuellement, à traduire.

5. Bibliothèque partagée entre la BnF et la BnA

La commission mixte confirme la nécessité de créer un portail numérique sous forme de « bibliothèque partagée » entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Bibliothèque nationale d’Algérie (BnA). L’objectif visé est de mettre en commun, sur un site internet dédié, les ouvrages, les périodiques, les ressources audiovisuelles, les archives et les manuscrits déjà numérisés. Cela pourrait, en outre, permettre de reconstituer certains fonds d’archives numériquement, à l’instar par exemple de la correspondance et de la bibliothèque de l’émir Abdelkader.

6. Renforcer la recherche autour du XIXe siècle

La commission a choisi 15 doctorants et chercheurs algériens en France et doctorants français en Algérie qui seront chargés de participer à l’inventaire et d’étudier les archives de la période coloniale dès la prochaine rentrée universitaire 2024-2025. Les membres se sont accordés sur le fait que ces chercheurs doivent s’attacher des objets d’étude exclusivement dédiés au XIXe siècle et avoir toutes les facilités d’accès aux fonds d’archives.

7. Cimetières des anciens résistants algériens en France

La commission mixte appelle à poursuivre le travail d’identification et la recension des cimetières, des tombes et des noms des détenus algériens du XIXe siècle décédés et enterrés en France. Elle souhaite aussi que ces lieux de mémoire soient valorisés par des plaques commémoratives, à commencer au moins par 12 lieux identifiés à : Toulon, Pau, Amboise, Sainte-Marguerite, Sète, Agde, Porquerolles, Calvi, Corte, Ajaccio, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie. Elles devront renvoyer vers un site internet sur lequel des précisions historiques seront données sur ces lieux de détention et les personnes qui y étaient emprisonnées.

8. Plus de rencontres scientifiques conjointes au sujet de l’histoire    

La commission, qui avait décidé lors de ses premières réunions de renforcer la cadence des cadres scientifiques conjoints, a préconisé l’organisation d’une toute première rencontre dédiée aux archives. L’idée émise par les membres pour ce premier rendez-vous, c’est qu’il se déroule à la fois en France et en Algérie, en présentiel et en virtuel, avec la participation d’historiens et d’archivistes algériens, français et d’autres nationalités.

9. Numérisation de l’état-civil de la période coloniale

La commission mixte recommande la finalisation de l’opération de numérisation des registres de l’état-civil et des cimetières de la période coloniale conservés en Algérie. Les membres français de la commission ont demandé également à ce que les cimetières chrétiens et juifs en Algérie soient cartographiés et leurs registres numérisés.

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