Défilé du 14 juillet : Histoire des participations algériennes  

Délégation algérienne, composée de 3 soldats, au défilé du 14 juillet 2014.
Le défilé du 14 juillet, symbole fort de la fête nationale française, revêt une dimension historique complexe lorsqu'on l'observe à travers le prisme algérien. En 2014, la première participation officielle de l'Algérie indépendante à cet événement a suscité une vive polémique, tant en Algérie qu'en France. Logique. Cette parade militaire, créée initialement par la 3e République, en 1880, pour célébrer la Révolution française et ses valeurs, est indissociable de la colonisation du point de vue des Algériens.

Ce jour de démonstration de force « jovial » des différents corps armés français, censés être les garants des idéaux républicains de liberté, égalité et fraternité, était devenu au fil des décennies l’un des éléments clés de la propagande coloniale, particulièrement en ce qui concerne l’Algérie. Après les indépendances, quasiment tous les anciens pays colonisés sont invités occasionnellement à prendre part à la revue des troupes aux Champs-Élysées. Seule l’armée algérienne faisait exception jusqu’au 14 juillet 2014.

Hommage aux tirailleurs algériens

Pour cette date, et à l’occasion de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, le gouvernement français de l’époque a lancé l’invitation à près de 80 pays, dont des anciennes colonies à leur tête l’Algérie. Un bon prétexte a été enfin tout trouvé : sur environ 175 000 tirailleurs algériens qui ont combattu avec les troupes françaises pendant la Grande guerre, entre 1914 et 1918, au moins 26 000 ont été tués ou ont disparu durant ce conflit. Il était donc question de leur rendre hommage.      

Cela n’a pas empêché la controverse, inévitable ! Au-delà des commentaires de certains nostalgiques de l’« Algérie française » qui voyaient d’un mauvais œil la présence des « héritiers du FLN » dans le défilé de la fête nationale, une partie de la classe politique et de la société civile algériennes a dénoncé la présence des 3 soldats représentants l’ANP, laquelle a été perçue comme une « trahison de la mémoire des martyrs ».          

Afin de convaincre Alger de répondre favorablement à son invitation inédite pour les festivités militaires du 14 juillet, Paris pouvait compter sur la persévérance de Kader Arif, alors secrétaire d’État aux anciens combattants. Cet algérois de naissance n’a économisé aucun effort pour convaincre le gouvernement algérien, réticent au début à cause notamment de la pression de l’ONM (Organisation nationale des moudjahidine).

« La France doit exprimer, déclara-t-il au quotidien Le Monde, sa gratitude envers ces hommes, et parfois ces femmes, qui sont venus des colonies se battre pour elle… parfois recrutés contre leur gré et par la force ». La thèse historique retenue en Algérie depuis l’indépendance, validée par de nombreux historiens français et internationaux, c’est que la majorité des combattants algériens dans les troupes françaises durant la Première Guerre mondiale, et la Seconde d’ailleurs, a été enrôlée de force.

Le centenaire de la colonisation en souvenir

Les caïds algériens au défilé du 14 juillet 1930.
Les caïds algériens au défilé du 14 juillet 1930

Des milliers de ces soldats ont servi de « chair à canon ». Ils sont considérés comme des héros dans les deux rives de la Méditerranée. Les honorer ne pouvait normalement être que soutenu par tout le monde. Et pourtant ! L’évocation de la célébration du traditionnel « 14 juillet » par des Algériens rappelle aussitôt les humiliations de l’époque coloniale, où ils étaient non seulement contraints de servir la France contre les armées ennemis, mais aussi sa propagande de « pacification » et d’« œuvre civilisatrice ».

Ainsi, à l’occasion des activités du « Centenaire de l’Algérie » en 1930, des soldats algériens ont pris part au défilé du 14 juillet, à Paris, marqué cette année-là par des reconstitutions historiques des troupes de 1830. Une quarantaine de « caïds » étaient présents à cette occasion, dont les bachaghas Bouaziz Ben M’hamed Ben Gana, El Hadj Ould Boumediene Benchiha et Ben Mohamed Si Sahraoui. Ces deux derniers ont été même chargés, le lendemain, de raviver la flamme de la tombe du Soldat inconnu. Le geste symbolique, sous l’Arc de triomphe, a été accompli par le bachagha Benchiha. Quant au bachagha Sahraoui, il a porté le drapeau de la Flamme.

Le 14 juillet 1945 (deux mois après les Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata), le général de Gaulle passe en revue les forces françaises, y compris les troupes d’Algérie dans toutes ses composantes métropolitaines et autochtones. Présents à la cérémonie en tenue d’apparat, quatre bachaghas ont été décorés de ses mains : Lakhdar Ben Mohamed Brahimi, Ferhat Belkacem Ben Djelloul, Abdelkader Tekkouk et Khelifa Ould Larbi Benaffane.

Durant toute la colonisation, au moins depuis 1913, les troupes coloniales avaient systématiquement une place de premier rang dans le défilé du 14 juillet. Quant aux vétérans d’Algérie, ils étaient régulièrement invités et honorés à cette occasion.

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