Coup d’Etat au Gabon : La France a-t-elle perdu un allié ou un fardeau ?

Bongo Macron
Guinée, Mali, Burkina-Faso, Niger, puis le Gabon. Depuis deux ans, les coups d’Etats militaires s'enchaînent au cœur du continent africain.

Ces renversements, devenus visiblement contagieux, se sont tous passés dans l’espace francophone, zone d’influence par excellence de la France. Ils se sont accompagnés régulièrement de campagnes politiques et médiatiques anti-françaises, lesquelles ont bousculé et menacent désormais les derniers vestiges de la France-Afrique.

La déposition, le 28 août, du président gabonais, Ali Bongo, est donc le dernier acte d’une série de bousculements que subit la France dans son pré carré africain. Plus que les autres coups d’Etats, celui du Gabon devait normalement faire très mal à l’ancienne puissance coloniale puisqu’il a fait tomber l’un des chefs d’Etats et de gouvernements les plus fidèles à Paris. Pas si sûr que ça !

Bongo, un embarrassant héritage « gaullien »

C’est le général de Gaulle en personne, aidé par son homme de main, le marchand d’armes Jacques Foccart, qui a installé Omar Bongo comme vice-président du pays, en 1966, alors que Léon Mba, le premier président de la République du pays, était affaibli par la maladie. Il mourra un an plus tard et Bongo, qui avait connu les affres de la prison en 1965, deviendra président à vie, jusqu’à sa mort en 2009. Son fils, Ali, lui succède tel dans une monarchie.

Il pensait pouvoir garder, lui aussi, le pouvoir à vie. Même lorsqu’il est tombé malade en 2018, il ne voulait rien lâcher. Hospitalisé durant une longue période au Maroc, l’homme d’Etat a continué à gérer son pays malgré le handicap et la maladie. Il a aussi continué à profiter de ses biens, de très nombreux palais et résidences luxueuses, disséminés un peu partout en France.

Malgré cette proximité, la France ne s’est pas montrée plus encline à soutenir le désormais ancien président du Gabon comme elle l’a fait dans le dossier nigérien ou au Mali. La dénonciation du coup de force opéré par l’armée a été du bout des lèvres et les médias français, qui ont consacré de larges commentaires à la situation au Niger, se sont plutôt félicités de cet éveil des Gabonais contre le régime des Bongo.

Ali Bongo lâché par Paris ?

Cela reflète très probablement le froid qui caractérisait les relations entre Paris et Libreville ces dernières années. Aux yeux des Français, Ali Bongo s’est un peu trop rapproché des Espagnols et surtout des Chinois, qui ont investi des sommes colossales dans son pays. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’il a prononcé un discours en anglais et non pas en français, sa langue de travail, pour appeler à l’aide après sa mise en détention.

Puis, cette tiédeur dans la réaction de la France peut s’expliquer également par l’absence d’actions hostiles à sa présence dans ce pays où ses sociétés exploitent quasiment toutes les richesses : mines, pétroles, bois, ports, etc., autant dire que le changement de direction à la tête du Gabon ne changera probablement pas les relations entre les deux pays.

Quoiqu’il en soit, il ne reste désormais que quelques rares « chasses gardées » de la France dans l’Afrique francophone. Il s’agit notamment du Cameroun que préside Paul Biya depuis 41 ans, âgé de 90 ans. D’ailleurs, sentant le coup venir, il a procédé jeudi à des changements au sein de certains commandements de l’armée. Quant à son voisin du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N’guesso qui cumule une quarantaine d’années au pouvoir, et son jeune homologue du Tchad, Mohamed-Idriss Déby, ils sont les derniers soutiens de la France dans l’Afrique centrale. Il reste également la Côte d’Ivoire et le Sénégal, deux pays qui donnent l’image d’une relative stabilité, mais les vents africains sont souvent mouvants.

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