Nicolas Sarkozy ne croit pas à l’amitié entre la France et l’Algérie

Nicolas Sarkozy en Algérie
L’ancien président français, Nicolas Sarkozy, a appelé l’actuel locataire de l’Élysée, Emmanuel Macron, à ne pas bâtir « une amitié artificielle » avec l’Algérie, dans un entretien qu’il a accordé au journal de droite Le Figaro, paru mercredi 16 août.

Au moment où Paris et Alger s’apprêtent à annoncer officiellement la date et le programme de la visite du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, l’ex-chef de l’Etat français explique que ce serait inutile d’essayer d’avoir une relation de confiance entre les deux pays car « les dirigeants algériens utilisent systématiquement la France comme bouc émissaire pour masquer leurs propres défaillances et leur déficit de légitimité ». L’ancien ministre de l’Intérieur, connu pour être l’un des apôtres de la droite dure, a justifié ses propos par le fait que les responsables du gouvernement algérien « refuseront toujours une telle amitié » dans la mesure où « Ils ont trop besoin de détourner l’attention de l’échec dans lequel ils ont plongé leur pays en accusant régulièrement la France de tous les maux ».

Alors que c’est sous la droite chiraquienne, conduite par le président Jacques Chirac lui-même, que l’amitié franco-algérienne a fait le plus de pas en avant jusqu’au point d’évoquer, à partir de 2003, l’idée de signer un « traité d’amitié » (projet avorté ensuite à cause de la loi du 23 février 2005 qui vantait les « bienfaits du colonialisme »), la droite française actuelle est majoritairement vent debout contre le rapprochement entre la France et l’Algérie.

À chaque fois que les deux gouvernements font preuve de volontarisme pour dépasser les différends et les « malentendus », un peu trop nombreux ces dernières années, des leaders de la droite viennent jouer les trouble-fêtes. Après l’ancien premier ministre, Édouard Philippe, et Éric Ciotti, Président du parti Les Républicains, fondé par Sarkozy, c’est au tour de celui-ci de porter le flambeau du discours peu diplomatique qui ne sert pas l’apaisement des relations entre l’Algérie et la France. Bien au contraire ! Comme beaucoup d’autres personnalités politiques de droite, et d’extrême-droite d’ailleurs, il semble prôner la « fermeté » dans la définition de la politique bilatérale avec le plus grand pays d’Afrique et conseille au chef d’Etat français en poste de ne pas chercher la réconciliation. « J’ai soutenu le président Macron à la dernière présidentielle. Cela ne veut pas dire que nous étions d’accord sur tout », a-t-il lancé à ce sujet.

Pari « anti-algérien » de la droite française !

Ce qui est d’autant plus étonnant dans cette sortie, c’est que son auteur met en compétition les relations franco-algériennes et les relations franco-marocaines, usant ainsi d’un raisonnement simpliste pour un homme politique de son niveau. Il considère, en effet, que les efforts diplomatiques de Paris vis-à-vis d’Alger l’éloigne de Rabat. « Ce tropisme nous éloigne du Maroc. Nous risquons de tout perdre. Nous ne gagnerons pas la confiance de l’Algérie, et nous perdons celle du Maroc », a-t-il estimé. Bien que la rivalité diplomatique algéro-marocaine soit réelle, il fait mine d’oublier que la relation entre la France et le voisin de l’ouest de l’Algérie souffre surtout de problèmes exclusivement franco-marocains, liés notamment au scandale du Projet Pegasus, dont les séquelles sont toujours visibles, et celui de la corruption au sein de l’Union européenne.

Au-delà de faire la promotion de son nouveau livre Le Temps des combats (Fayard), qui sortira ce 22 août, les déclarations de Nicolas Sarkozy répondent à des exigences idéologiques de plus en plus visibles chez la droite. Elles confirment qu’il y a des cercles de pressions en France qui veulent impacter négativement les relations avec l’Algérie afin d’avorter les tentatives du président Macron pour renforcer les relations amicales entre les deux pays. Ses efforts sont souvent associés par une certaine presse à une « perte de temps », une « illusion », un « aveuglement », un « pari perdu », etc.

L’autre trouvaille récente c’est de lui exiger la dénonciation unilatérale de l’accord franco-algérien de 1968. L’objectif essentiel de cette stratégie consistant à toujours taper sur les relations avec l’Algérie fait partie d’un dessein global : reprendre l’Élysée à l’occasion des élections présidentielles de 2027. Cela passe forcément par la capacité des Républicains à aller chercher le maximum de voix de l’extrême-droite, dont l’anti-algérianisme primaire est un fonds de commerce électoralement rentable.

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