Emmanuel Macron revendique de combattre l’immigration clandestine en France

Conférence de presse d'Emmanuel Macron janvier 2024.

Le président français, Emmanuel Macron, a répondu aux questions des journalistes lors d’une conférence de presse à l’Élysée, tenue hier soir, mardi 16 janvier. La montée de l’extrême droite avec le Rassemblement national (RN), ex-Front national (FN), et la nouvelle loi sur l’immigration ont été largement évoquées, mais aussi la question des imams étrangers, notamment algériens.

Par ce grand rendez-vous avec la presse, le premier du genre depuis 2019, le chef d’Etat français a voulu reprendre pied après plusieurs épisodes politiques difficiles, conclus par la nomination d’un nouveau gouvernement présidé par le jeune Premier ministre, Gabriel Attal. Or, dans une atmosphère médiatique dominante qui pousse de plus en plus le curseur du débat vers la droite de l’échiquier politique, c’était inévitable pour lui d’évoquer le sujet de la laïcité, autrement dit toutes les questions brulantes qui touchent à la communauté musulmane en France.

Ainsi, le président Macron s’est même permis d’associer, certes subtilement, l’« islamisme radical » en France aux imams « détachés » par certains pays étrangers, dont surtout l’Algérie, le Maroc et la Turquie), en évoquant la « loi contre le séparatisme » votée en 2021. Il a annoncé que la France renoncera, cette année, à l’accueil de quelques 300 imams envoyés par divers pays musulmans, dont 120 par l’Algérie. Il n’a pas hésité à défendre ledit texte de loi qui, selon lui, « permis de fermer des associations et des établissements qui ne respectaient pas les règles de la République ». Et de marteler : « Nous tiendrons cette ligne de fermeté républicaine ».

Vers le renforcement du modèle de l’immigration choisie

Restant sur le sujet de l’accueil de compétences étrangères à un autre niveau, en l’occurrence celui du secteur de la Santé publique, en lutte permanente contre les déserts médicaux, le locataire de l’Élysée a réitéré son souhait de régulariser les « médecins étrangers qui tiennent parfois à bout de bras nos services de soins et que nous laissons dans une précarité administrative qui est complètement inefficace ». Et là aussi, le nombre des soignants originaires d’Algérie est très important. On l’estime à au moins 10 000 personnes.

Dans ce sillage, le président Macron a profité de la formidable tribune médiatique qu’était sa conférence pour faire la promotion de la très critiquée loi sur l’immigration en affirmant qu’elle permettra de nombreuses régularisations dans plusieurs métiers dits sous tension. Il a insisté sur le fait que la France « manque de travailleurs dans les fermes, dans les restaurants, chez les artisans, pour aider les personnes âgées ou handicapées », soulignant également « le manque de travailleurs dans les métiers de l’avenir », dont le nucléaire.

Sur le volet du vivre-ensemble, il a été amené à parler des émeutes de juin dernier après la mort du jeune d’origine algérienne Nahel, tué par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre. Il a réaffirmé qu’il n’y a pas de lien entre l’immigration et l’« embrasement dans 500 villes ». Il a, cependant, reconnu « un problème d’intégration [des jeunes majoritairement français], oui, il n’y a pas besoin des émeutes pour le savoir ».

Macron rejette l’idée de « préférence nationale »

Par ailleurs, tout en reconnaissant que le texte assez dur n’était pas tout à fait ce qu’il voulait, le conférencier s’est défendu de l’accusation d’avoir fait voter une « loi immigration » qui serait inspirée par l’extrême droite. « Aujourd’hui, dans notre pays, il y a des délais de résidence, parfois de travail, pour avoir accès à des prestations y compris au quotidien. Est-ce que c’est injuste ? Ma réponse est non, ce n’est pas toujours aberrant. Parce que vous ne pouvez pas avoir une démocratie avec un modèle social aussi généreux que le nôtre qui ne conditionne pas à certaines règles l’accès aux prestations. Parce que sinon, vous n’aurez plus de consensus social (…). Donc là aussi, il faut savoir faire les choses de manière très méthodique, loin des passions. », a-t-il justifié.

Refusant l’idée que cette loi serait une « loi de préférence nationale », défendue par l’extrême droite, il a placé le RN devant la réalité de son programme xénophobe. « Je défends la justice sociale. Le Front national, comme je préfère l’appeler, veut des règles plus simples pour expulser les étrangers. Tout ne se vaut pas. Oui, je revendique de combattre l’immigration clandestine sur notre territoire. Oui, je revendique de renvoyer dans leur pays les gens illégaux. », a-t-il lancé, en précisant avec assurance : « Mais ça, ce n’est pas le Rassemblement national ! (…). Le Front national propose la préférence pour des emplois à des Français et des règles plus simples pour licencier des étrangers. Est-ce que c’est ce qu’on fait ? Non ».

La macronie vire au conservatisme de l’« ancien monde »

Macron a ensuite poursuivi ses piques envers le RN, qui pourrait arriver en tête des élections européennes de juin prochain. Il a estimé que ce parti est synonyme de « Frexit caché » (retrait de la France de l’Union européenne) et donc d’« appauvrissement collectif ». « On ne sait plus trop ce qu’ils disent mais on se dit qu’ils sont contre le gouvernement, ça a l’air sympa. Là on rentre dans une zone de danger », a-t-il estimé. Le RN, présidé par Jordan Bardella et dont la figure présidentiable demeure Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN, est « devenu le parti du ‘‘on n’a pas tout essayé’’». Cette phrase sonne comme un retour de boomerang pour Emmanuel Macron, élu pour la première fois sur la promesse de faire barrage au FN et la tentation du vote sanction en sa faveur contre la gauche et la droite traditionnelles.

Aujourd’hui, s’il n’a pas manqué de mots durs envers l’extrême droite, le président français a cependant repris en partie sa rhétorique, y compris dans son propos liminaires en phagocytant le slogan « Pour que la France reste la France ». Lui qui a été élu en 2017 sur le projet de surpasser l’« ancien monde » archaïque, il a ajouté que la France est « quelque chose de spirituel qui nous dépasse », ce qui ne manque pas de rappeler la sémantique des penseurs nationalistes du XXe siècle, voire même de quelques racistes et antisémites patentés tel Édouard Drumont (1844-1917), député d’Alger en 1898.

Piquant des idées au camp populiste et nationaliste, Macron s’est dit favorable à l’apprentissage de l’hymne national français, La Marseillaise, dès le primaire. « C’est indispensable» et « c’est ce qui nous permet d’être ensemble en société », à en croire le prophète français de la « start-up nation ».

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