La France interdit le port de l’abaya dans les écoles publiques

Gabriel Attal - Conférence de presse rentrée 2023
Après le voile, l’abaya sera à son tour interdite dans les établissements publics scolaires français à partir de la prochaine rentrée, qui aura lieu lundi 4 septembre.

C’est ce qu’a affirmé Gabriel Attal, le tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, lors de sa conférence de presse de rentrée, tenue aujourd’hui à Paris. L’abaya, cette robe longue portée sur des vêtements, qui n’est d’ailleurs pas considérée comme habit à connotation religieuse dans plusieurs pays, replace ainsi l’islam au cœur du débat politique en France. « Quand vous rentrez dans une salle de classe, vous ne devez pas être capable d’identifier la religion des élèves en les regardant », s’est-il justifié, la veille au JT de TF1.

Lors de son point avec les journalistes, il n’a pourtant pas voulu définir quels sont exactement les critères du vêtement « interdit », laissant ce choix aux directeurs des établissements qu’il a promis d’accompagner personnellement « dès la semaine prochaine » pour les aider à « appliquer cette interdiction ».

Le successeur de Pap Ndiaye a défendu sa position en expliquant que l’« abaya n’a pas sa place dans notre école, pas plus que les autres signes religieux », évoquant la « fidélité à nos valeurs et le refus du communautarisme ». Pour rappel, l’ancien ministre de l’éducation s’était refusé, pour sa part, à réglementer « les longueurs des robes ». Mais le débat sur l’abaya était déjà posé dans certains établissements scolaires, notamment ceux situés dans les banlieues, où les directeurs ont remarqué l’année dernière une augmentation de filles portant cet habit traditionnel.

L’extrême-droite applaudit l’interdiction de l’abaya

Afin de mieux appréhender les questions que cette interdiction ne manquera pas de soulever et permettre le vivre-ensemble, Attal a annoncé la formation de près de 300 000 personnels éducatifs par an aux « enjeux de la laïcité » d’ici 2025 et 14 000 membres de direction du secteur de l’éducation d’ici la fin 2023.

Pour le ministre de l’Éducation, « l’école française est testée continuellement », ajoutant que « ces derniers mois, les atteintes à la laïcité se sont considérablement accrues notamment avec le port de l’abaya ou du Qamis. Nous devons faire bloc et nous allons faire bloc en disant que l’abaya n’a pas sa place dans les écoles ».

Cette décision ministérielle a été diversement appréciée par la classe politique du pays. Si le Rassemblement national, parti d’extrême droite lepéniste, a applaudi la décision, il a demandé à aller plus loin dans la lutte contre les signes religieux et l’immigration en général. « Nous n’aurions pas à nous réjouir de l’interdiction du port de l’abaya si nous ne subissions pas une politique d’immigration massive. Cette mesure va dans le bon sens mais ne résoudra pas le problème de fond », a commenté Romain Baubry, un député RN des Bouches-du-Rhône.

Même tonalité ou presque du côté d’Éric Zemmour, qui a estimé que « l’interdiction des abayas est un premier bon pas si elle est appliquée ». Et d’ajouter : « Avec les Parents Vigilants, nous réclamons cette interdiction depuis plusieurs mois et allons même plus loin en proposant la généralisation de l’uniforme pour éviter toute provocation islamique à l’école ».

Retour de la « police du vêtement » selon la gauche 

De son côté, le président du parti de droite Les Républicains, Éric Ciotti a salué la décision. « Le communautarisme est une lèpre qui menace la République. Nous avions réclamé à plusieurs reprises l’interdiction des abayas dans nos écoles. Je salue la décision du Ministre de l’Éducation nationale qui nous donne raison », a-t-il tweeté.

À gauche, la députée de la Nupes Clémentine Autain s’est demandée « jusqu’où ira la police du vêtement », estimant au passage que la proposition de Gabriel Attal est « anticonstitutionnelle et contraire aux principes fondateurs de la laïcité ». Elle a ajouté qu’à « peine rentrée, la Macronie tente déjà de prendre le Rassemblement national par la droite », jugeant enfin qu’une telle loi est « symptomatique du rejet obsessionnel des musulmans ».

En attendant une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel par les associations et autres organisations des droits de l’Homme, la Mosquée de Paris et les associations religieuses musulmanes en France n’ont pas encore réagi.

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