Instabilité politique au Mali, l’autre casse-tête du Sahel

Crise au Mali
Plus de deux ans après le coup d’Etat au Mali, le pays ne retrouve toujours pas de stabilité politique. Le départ des troupes étrangères, notamment l’armée française, a créé un vide sécuritaire que les armes fournies par la Russie n’ont pu combler pour le moment.

Depuis plusieurs mois, les chefs de la junte au pouvoir à Bamako réclament le départ de toutes les forces étrangères, y compris celles de la Minusma, la mission des Nations-Unies dans ce pays, grand voisin de l’Algérie. Sous pression, les soldats de l’ONU quittent progressivement leurs positions.

Sauf que l’armée malienne ne parvient pas à les remplacer et à occuper l’ensemble du territoire. Au Nord, le départ des soldats de la Minusma a créé des tensions entre les militaires réguliers et des troupes de Touaregs, particulièrement celles du MNA (Mouvement national de l’Azawad), qui refusent l’installation de bases sur leur territoire. Selon des sources locales, il n’y a pas d’affrontements entre les deux parties à proprement parler, mais les tensions persistent encore. Les antagonistes pourraient toujours s’appuyer sur les accords d’Alger pour résoudre leurs différends (Accord pour la paix et la réconciliation de 2015).

Nord du Mali, terrain d’une guerre de territoire des groupes djihadistes

En revanche, le vide sécuritaire laissé par le départ des forces internationales semble profiter à certains groupes terroristes islamistes. Selon l’AFP, la ville de Tombouctou, site historique protégé par l’UNESCO comme patrimoine mondial de l’Humanité, est désormais sous blocus imposé par les djihadistes du JNIM (Jamaaet nasrat el Islam wa el Muslimin ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), organisation affiliée à Al-Qaïda. Ils ont interdit l’entrée des camions de marchandises en provenance de l’Algérie, de la Mauritanie et de la région malienne de Méma, plus au sud.

« Nous déclarons la guerre dans la région de Tombouctou », ont affirmé les responsables de ce groupe sur les réseaux sociaux. Or, d’autres groupes terroristes se disputent la région. Ansar Dine, dirigé par Iyad Ag Ghali (un leader touareg converti à l’islamisme tabligh), et le MUJAO (Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest) se livrent une guerre pour le contrôle des populations et l’exercice de leur influence sur des zones dépourvues de présence militaire et où l’Etat malien est complètement absent.

Des décomptes faits régulièrement par des journalistes locaux font état de nombreuses attaques ayant ciblé des villages. Souvent, les djihadistes s’attaquent aux villageois afin de les forcer à se rallier à leurs groupes respectifs ou pour les dissuader de rejoindre une organisation rivale. Durant l’été, le JNIM et le MUJAO ont par exemple organisé d’imposantes parades avec des motos et des véhicules tout-terrain à l’occasion de ralliement de certaines tribus ou de la désignation de nouveaux chefs.

40% du territoire malien hors contrôle de l’Etat

Depuis le coup d’Etat de mai 2021, le gouvernement malien aurait perdu le contrôle de 40% de son territoire au profit des groupes terroristes, selon les informations du ministère français des Armées. Pour faire face à ce défi, l’armée régulière tente de s’équiper davantage et de former ses soldats.

Pour la première fois, les FAMA (forces armées maliennes) disposent de quelques avions fournis par la Russie. La semaine dernière, un nouvel appareil russe, chargé de missiles de longue portée et d’autres équipements sophistiqués, a atterri à Bamako. « Ces développements promettent de renforcer les capacités de défense du Mali et d’accroître sa capacité à contrer les menaces qui pèsent sur le continent africain », indiquent des médias maliens.

En plus de la Russie, le régime malien s’appuie sur une coopération accentuée avec le Burkina Faso voisin, qui vit quasiment la même situation. « L’armée malienne, toute seule, ne peut pas mener le combat face aux menaces sécuritaires dans différentes régions du pays », admet Mady Ibrahim Kanté, docteur en sciences politiques à l’Université de Bamako, cité par TV5Monde. « Le Burkina Faso a compris que le problème qui existe au Mali n’est pas seulement un problème malien. C’est une crise sahélienne, un problème ouest-africain », a-t-il constaté. D’ailleurs, les deux pays ont uni les quelques avions dont ils disposent pour tenter d’aider le Niger face aux risques d’une intervention de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui conteste le coup d’Etat opéré le 26 juillet dernier dans ce pays.

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