Jeu de vases communicants entre l’Algérie et le Maroc autour de l’aide humanitaire  

Séisme au Maroc Aides
Alors que les peuples algérien et marocain étaient soulagés et contents de l’information, confirmée hier soir par plusieurs sources médiatiques des deux pays, faisant état de la décision du Maroc d’accepter l’aide proposée par l’Algérie, après un premier refus la veille au même titre que celle de la France, un rebondissement a eu lieu, dans la nuit du lundi à mardi, puisque l’offre algérienne a été rejetée pour la seconde fois.  

C’est le ministère algérien des Affaires étrangères qui s’est exprimé, à travers un communiqué rendu public cet après-midi, pour notifier la « surprise » du gouvernement quant à la réponse définitive du Maroc, dont la diplomatie a indiqué « officiellement » qu’elle n’a « pas besoin des aides humanitaires proposées par l’Algérie ».

Trois avions algériens devaient assurer un convoi humanitaire vers le territoire marocain  

La situation a pourtant semblé prendre une tournure différente en début de soirée d’hier. Sur la base de déclarations attribuées au ministre marocain de la Justice, qui avait annoncé à la presse locale que le royaume marocain acceptait finalement de recevoir l’aide de l’Algérie, la Protection civile algérienne a mobilisé six équipes spécialisées, composées d’une centaine d’éléments et dotées de plusieurs chiens dressés et des tonnes d’outils et de dons.

Comme elle l’a fait lors des séismes en Syrie et en Turquie, en février 2023, sa cellule de communication commençait même à communiquer directement depuis l’aéroport militaire de Boufarik, d’où devait s’envoler pour le Maroc un convoi de 3 avions cargo de l’armée algérienne.

Tout était donc fin-prêt et il ne manquait que le feu vert du ministère marocain des Affaires étrangères, qui assure la coordination de l’aide internationale pour son pays. En tout cas, la communication côté algérien laissait entendre que la collaboration était envisageable entre les services diplomatiques des deux pays au moins sur ce dossier humanitaire.

L’Algérie avait même annoncé, dès les premières heures du séisme, l’ouverture exceptionnelle de son espace aérien avec le Maroc, fermé depuis 2021, pour permettre le passage rapide de l’aide humanitaire internationale vers son voisin de l’ouest.

Pour la diplomatie marocaine, l’humanitaire est conditionné par les enjeux géopolitiques

Cependant, cette apparente ouverture, sous fond de tragédie humaine engendrée par le violent séisme de magnitude 7 qui a fait jusqu’à maintenant plus de 2900 morts, a été rapidement éclipsée par le refus « renouvelé » des autorités marocaines de recevoir les aides algériennes.

Selon les déclarations du ministère algérien des Affaires étrangères, le Maroc était informé des mesures d’aide décidées par l’Algérie par le biais du Consulat général marocain à Alger et du Consulat général algérien à Casablanca, qui aurait pris contact avec la cellule de crise établie au sein du ministère marocain des Affaires étrangères pour formaliser la proposition d’aide.

Sans réponse des Marocains, au moment où les préparatifs étaient achevés, les Algériens ont fait preuve d’« insistance » pour avoir l’autorisation nécessaire avant de pouvoir s’envoler vers le terrain des opérations de recherche et de sauvetage. « Le ministère marocain des Affaires étrangères a pris contact, avant minuit, avec le Consul général d’Algérie à Casablanca », précise le document de la diplomatie algérienne, en l’informant qu’« après évaluation, le Royaume du Maroc n’avait pas besoin des aides humanitaires proposées par l’Algérie ». Suite à quoi, conclut la même source, « le gouvernement algérien prend acte de la réponse officielle du Maroc dont on tire les conséquences évidentes ».

Voilà de quoi clore, cette fois-ci définitivement, cet énième épisode malheureux des relations entre les deux pays voisins, surtout qu’il s’agit d’un contexte de catastrophe naturelle particulièrement meurtrière nécessitant un élan de solidarité et humanitaire sans considérations géopolitiques. Pour rappel, Rabat n’est pas fâché uniquement avec Alger, c’est aussi le cas avec Paris. Ce qui fait que l’aide française « officielle » demeure blacklistée également.

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