Feux de forêt en Algérie : Entre désastre, deuil et solidarité

Feux de forêts en Algérie
En France, comme en Grèce et dans l’ensemble des pays du sud de l’Europe ainsi qu’en Amérique du Nord et en Australie, les mégafeux font des ravages. Ils deviennent de plus en plus fréquents et leurs nombres vont continuer à augmenter en raison du réchauffement climatique, selon un rapport de l’ONU. En Algérie, chaque année des milliers d’hectares sont incendiés. Ce phénomène est répétitif depuis au moins trois ans : en 2021, au moins 90 morts étaient recensés, particulièrement en Kabylie ; en 2022, 43 personnes ont péri à l’est du pays. Les incendies des derniers jours, en pleine canicule de cet été 2023, ont déjà fait 34 morts.

Lundi soir, 24 juillet, au lendemain des incendies qui ont ravagé une bonne partie de la wilaya (département) de Bejaïa, dans la région de Kabylie, l’incertitude règne encore dans la Cité 11 décembre 1960, située dans la commune d’Aïn Benian à Alger. Envahie par des proches, des amies et des voisins, cette belle maison n’est désormais occupée d’aucun de ses propriétaires. Ils ont tous péri dans l’incendie meurtrier de Toudja (à 16 km de Bejaïa), dont ils sont originaires. Cette localité est habituellement hautement prisée en période estivale, pour ses magnifiques endroits de détente et pour la plage qui n’est pas loin. Les victimes étaient tous en vacances, comme chaque été, au village Ait Salah où ils possèdent une maison. Dimanche dernier, au déclenchement des feux dévastateurs, voyant son logement encerclé par les feux, la famille de sept personnes (trois enfants, leurs parents et leurs grands-parents) a tenté de prendre la fuite en voiture à la recherche d’un endroit sécurisé. En vain. Sur la route, une femme portant son bébé, une voisine visiblement, s’accroche à eux. Ils finissent tous par être asphyxiés dans le véhicule surchargé et dont le chemin est entouré de flammes.

Ce matin, toujours dans la demeure algéroise des disparus, leurs proches sont encore dans l’attente de nouvelles pour l’enterrement. Difficile d’en savoir plus. Les corps sans vie sont encore conservés au centre hospitalier universitaire du chef-lieu de Béjaïa. Ce même hôpital est submergé par les va-et-vient des ambulances et des véhicules particuliers acheminant les blessés, dont certains dans un état grave. Malgré l’entraide et l’élan de solidarité observés sur place, le manque de médicaments se fait sentir dans les différents services ; d’où l’appel lancé par les responsables de l’établissement à la solidarité nationale, à travers la publication sur les réseaux sociaux de la liste des produits à fournir pour soulager tant soit peu la douleur des grands brûlés.

Lourd bilan humain des incendies  

Le bilan officiel, arrêté dans la journée de mardi, fait état de 34 morts, dont 10 militaires, et plus de 80 blessés. Les associations prêtent main forte aux différents services de l’Etat pour secourir les blessés et leurs familles sinistrées, refugiées provisoirement dans plusieurs écoles publiques. Dans cette wilaya, les pompiers faisaient encore face à un seul foyer, toujours pas maitrisé, au milieu d’après-midi.

Ayant traversé de nombreux villages, après une nuit cauchemardesque, on a eu en face des visages tristes, crispés, abattus, accablés et incertains du lendemain. Certes. Mais pour eux, ce n’est pas encore le temps de céder aux émotions. Il faut se mobiliser et rester vigilants. La peur est toujours dans le ventre que les flammes reprennent à n’importe quel moment. L’angoisse est omniprésente. Lundi soir, plusieurs villages (tels que Smaoune, Aït Djellil, Thadjaafart et d’autres) luttaient toute la nuit jusqu’au petit matin contre les incendies, qui se sont encore déclenchés aujourd’hui alors qu’ils étaient pour la majorité maîtrisés la veille. Les soldats du feu sont toujours sur place, avec un important cordant sécuritaire assuré par les éléments de la gendarmerie nationale.

Plusieurs incendies au nord du pays 

Ailleurs, dans les autres wilayas, il reste encore une dizaine de feux de forêts actifs, qui font l’objet d’une lutte acharnée de la part des membres de la protection civile algérienne, souvent soutenus par l’armée et les citoyens. Il s’agit de 2 foyers à Boumerdès, 2 à Bouira, 2 à El Tarf et 6 autres à Skikda, toutes des villes situées au nord de l’Algérie (centre et est).

« La vie reprend peu à peu », témoigne Kamal, originaire d’Aït Djellil. Les villes balnéaires méditerranéennes, comme Beni Ksila et Tighremt, très fréquentées par les estivants, permettent aux gens de reprendre le souffle, et l’espoir avec. Pourtant, les lieux touristiques n’ont pas été épargnés par les flammes. Dans les régions où les feux ont été maîtrisés, les autorités locales ont entamé le constat des dégâts et le recensement des sinistrés en vue de procéder aux indemnisations. Plusieurs magasins et restaurants ont rouvert, dès lundi dans la journée, en dépit des coupures d’électricité et d’eau.

Lors de notre passage sur un littoral complètement ravagé, on a constaté que les habitants et les touristes cherchent tant bien que mal de continuer de profiter de la mer. On se taille des places au milieu des rochers pour se baigner dans des petites plages, non autorisées mais qui font oublier les risques de feux de forêts. Aussi, la population est très mobilisée pour exprimer sa solidarité et apporter de l’aide aux nécessiteux. Dans ce sillage, un Franco-algérien a, par exemple, organisé une opération d’évacuation des touristes par voie maritime.

Du côté des autorités algériennes, le ministère de l’Intérieur a affirmé que « les services de la protection civile ont réussi à éteindre la majorité des feux de forêts, durant la nuit de lundi à mardi ». Il était aussi question, selon le communiqué rendu public aujourd’hui et repris par l’agence de presse officielle APS, du « renforcement des opérations terrestres » en ressources humaines et matérielles en plus de la « coordination des efforts entre les différentes wilayas ». Est évoquée, enfin, l’utilisation des moyens aériens à travers « les avions anti-incendie ».

×
×

Panier