Essais nucléaires français au Sahara : Du nouveau pour les victimes algériennes

Essais nucléaires français en Algérie
Après 13 ans de la promulgation de la loi Morin, du 5 janvier 2010, relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français réalisés dans le Sahara algérien et en Polynésie française, entre 1960 et 1998, ICAN France (comité français de la Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires) a eu gain de cause concernant sa demande de traduire le texte législatif en arabe afin de le rendre plus accessible aux victimes algériennes.

« Enfin…, les premiers documents de cette loi sont disponibles en arabe. Il est triste d’avoir attendu 13 années pour obtenir cela, mais désormais c’est réalisé », se réjouit Jean-Marie Collin, directeur de ICAN France, qui rappelle au passage qu’une traduction en langue polynésienne existe déjà depuis 2020. Pour l’instant, deux documents sont traduits en langue arabe, en l’occurrence la Loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 et le Décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 modifié, « mais d’autres, affirme-t-il, vont être publiés, notamment le questionnaire pour engager le processus d’indemnisation ».

Ce combat gagné par ICAN France, soutenu par l’Observatoire des armements, a été mené depuis 5 an auprès du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) dans le but de faciliter aux personnes algériennes exposées directement aux rayonnements ionisants des essais nucléaires ou leurs ayants-droits la compréhension de ladite loi et l’engagement de procédures d’indemnisation.

Une seule victime algérienne des essais nucléaires français indemnisée depuis 2010

Et pour cause, jusqu’ici, rares sont les victimes potentielles algériennes qui ont fait appel à cette loi depuis sa promulgation en 2010. Seulement 66 dossiers ont été déposés depuis l’Algérie auprès du CIVEN et 1 unique citoyen algérien a été reconnu comme victime des essais nucléaires, contre une centaine de citoyens français indemnisés. Pour rappel, cela concerne chaque victime souffrant d’une pathologie radio-induite, à condition d’avoir résidé ou séjourné « soit entre le 13 février 1960 et le 31 décembre 1967 au Centre saharien des expérimentations militaires, ou entre le 7 novembre 1961 et le 31 décembre 1967 au Centre d’expérimentations militaires des oasis ou dans les zones périphériques à ces centres ».

Considérant que l’inaccessibilité de la loi en arabe a entravé les efforts de nombreux citoyens algériens pour obtenir justice et réparations, ICAN France espère que ces traductions encourageront davantage les victimes algériennes ou leurs familles à entamer des démarches afin que leur statut de victimes soit reconnu et avoir des indemnisations auprès de l’Etat français.

Par ailleurs, dans le sillage de son engagement permanent en faveur de la vulgarisation de l’épisode nucléaire de la France en Algérie, l’ONG a publié récemment une bande-dessinée résumant l’ampleur de la tragédie humaine engendrée par la radioactivité, dont les effets sanitaires sont encore pesants sur les populations qui habitent aux alentours des anciens sites nucléaires français. Vous pouvez lire cette BD utile sur le site d’ICAN France.

Première planche de la BD « Les essais nucléaires français en Algérie » (crédit Aymerick Paccoud / ICAN France, octobre 2023).
Première planche de la BD « Les essais nucléaires français en Algérie » (crédit Aymerick Paccoud / ICAN France, octobre 2023)
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